6 questions financières, comptables et fiscales à résoudre pour se lancer sereinement

Il parait que la meilleure façon de réussir n’importe quelle aventure dans la vie, c’est de savoir se poser assez tôt les bonnes questions. Certainement que la plupart des entrepreneurs se posent d’excellentes questions lorsqu’ils doivent se lancer. Ils se posent même parfois des questions qui les coincent et les empêchent d’avancer librement sur la voie du choix qu’ils ont fait. John C. Maxwell disait qu’on peut échouer et que c’est parfois inévitable mais qu’il faut savoir échouer en avançant. Certaines questions financières, comptables et fiscales peuvent vous permettre d’avancer allègrement dans votre aventure entrepreneuriale, je les aborde ici pour vous, espérant que vous saurez vous arrêter pour les résoudre avant d’avancer.

  1. Quel forme ou nature juridique vais-je adopter pour mon entreprise ?

Votre nature juridique, si vous voulez vous lancer seule ne pourrait pas être la même si vous vouliez vous associer avec d’autres personnes. Vous avez le choix en fonction de vos objectifs personnels et des lois qui régissent l’activité. Au Bénin par exemple, pour faire de l’exportation, vous ne pouvez pas y aller avec une entreprise individuelle sauf si c’est une Société à responsabilité limitée individuelle. Avec cette forme, vous disposerez d’une simplicité et de moindre coût dans la gestion en plus d’être le seul décideur. Mais sachez que dans ce cas, il n’y pas de différence entre votre personne et celle de l’entreprise. En cas de faillite, la loi ne fera pas de différence entre vos biens et ceux de l’entreprise. Les Banques sont aussi réticentes pour faire des emprunts à cette forme d’entreprise. Au cas où vous vous associerez avec d’autres personnes, la forme appropriée serait une SARL (non individuelle), une Société Anonyme (SA) ou une Société par action simplifiée (SAS). Ici, il y a une dissociation entre les biens des associés et ceux de la société. Par contre leur coût de gestion est plus élevé. Vous pouvez aussi en fonction de la forme de votre entreprise, bénéficier des avantages fiscaux ou exonérations surtout en ce qui concerne la patente ou l’impôt sur les bénéfices.

  1. Quel va être mon régime d’imposition et qu’est-ce que cela suppose ?

Les entreprises ne sont pas imposées de la même manière et tout dépend de vos charges, de votre chiffre d’affaires. Mon expérience de conseil comptable, financier et fiscal auprès des petites et moyennes entreprises m’a permis de me rendre compte de ce que la plupart des entrepreneurs sont surpris de voir que le niveau de la patente dépend sous certains régimes fiscaux du montant du loyer. La plupart des confrères leur propose des gymnastiques pour n’avoir à payer au fisc qu’un niveau de patente suffisamment bas. Je n’ai absolument rien contre (enfin, dans une certaine mesure si !). Mais cette question du montant du loyer en corrélation avec la capacité de paiement, ne devrait-elle pas être abordée bien auparavant ? Sachez qu’il y a très peu de choix financier que vous allez faire et qui n’auront pas une certaine incidence comptable et fiscale. Alors, commencez alors à vérifier les exigences fiscales qui s’imposent à vous avant d’opérer vos choix financiers. Ce serait plus sage. Me semble-t-il.

  1. Qu’est-ce que cela coûte que de faire du business dans ce pays (loyer, coût électricité, salaire moyen de mon secteur, internet et télécommunication, eau, transport, douane) ?

Faire des affaires. Cela a un coût. La Banque Mondiale qui publie chaque année le rapport Doing Business va même loin et propose sur ses sites ou des sites partenaires, combien cela coûte que de faire affaire dans un pays donné. Un ami à moi a renoncé à faire des affaires au Ghana parce que la fluctuation Dollar/Cidi est très élevée et que l’économie ghanéenne est très instable et va certainement demeurer instable et très incertaine les prochaines années. Des cabinets tels que PWC, KPMG et autres élaborent des rapports actualisés sur combien cela coûte de faire les affaires dans un pays donné. N’allez pas vous installer pour vous mettre à vous plaindre de l’instabilité économique trop tard. Informez-vous bien avant car l’information économique renforcera votre pouvoir d’entreprendre.

  1. A partir de quand est-ce que je vais devenir rentable ?

Il parait qu’une affaire qui n’est pas rentable n’est pas une affaire. C’est un loisir ou pour faire plus anglo-saxon : c’est un hobby, un passe-temps. En business, vous devez être rentable ou rendre le tablier. C’est pour cela qu’il est important de procéder à tous les calculs prévisionnels nécessaires pour savoir à partir de quand vous allez commencer à gagner de l’argent, combien vous devez mettre jusqu’à ce moment-là et si cela vaut vraiment le coût et surtout si vous aurez les besoins de tenir jusqu’à ce niveau. La plupart de ceux qui se lancent sont trop optimistes quant à leur capacité à gagner de l’argent très rapidement. Ils sont optimistes sans vraiment faire les calculs nécessaires, c’est pour cela qu’ils sont surpris de voir que les choses ne se passent pas comme espéré. Faites vos calculs, non pas parce que vous devez être réaliste. Faites vos calculs, parce que c’est mieux d’être optimiste sur la base des chiffres vérifiés, que d’être réaliste sur la base de fausses espérances qui n’ont rien avoir avec les données du marché.

  1. Comment est-ce que je vais faire tenir ma comptabilité ? (interne, externe, à cheval entre les deux ?)

C’est vrai que la plupart des créateurs ne pensent même pas à tenir une comptabilité. Et nombreux sont ceux qui se retrouvent nez à nez avec les conséquences de la négligence d’une comptabilité établie dès le départ. Prévoyez de tenir une comptabilité. C’est bon pour vous-même déjà. Voyez ensuite si vous allez recruter un comptable interne, ou si vous allez solliciter les services d’un Centre de Gestion Agréé. Je recommande en général d’initier une secrétaire à la préparation des opérations et à quelques traitements et enregistrements en plus d’un œil externe si vous êtes une toute petite entreprise. De toutes les façons, abordez assez tôt la question, demandez de l’aide et opérez assez tôt les choix judicieux qui s’imposent à votre situation.

  1. Comment je vais couvrir mes charges personnelles en tant qu’entrepreneur ?

Un entrepreneur qui confond sa caisse avec la caisse de l’entreprise met sa propre entreprise en péril. Comme le répète souvent l’un de nos coaches à H&C, « Il n’existe aucune entreprise sérieuse dans laquelle le directeur général garde les chéquiers. Si vous voulez que votre entreprise grandisse vite, laissez vos chéquiers au comptable et allez chercher de l’argent qu’il ou elle va bien comptabiliser et bien gérer pour vous ». Ne prétendez pas comme ces entrepreneurs qui prétendent qu’ils n’ont pas de salaire et qui se font payer plus que l’entreprise. Il y a de vos charges que l’entreprise peut supporter et faire ainsi de l’optimisation fiscale. Il y a d’autres charges qui ne doivent pas être prises en compte sous peine d’être frappées de l’impôt sur le bénéfice. Accordez-vous un salaire là où il le fait. C’est mieux. En tout état de cause, séparez votre poche de la poche de l’entreprise.

Par Hermann H. CAKPO

Hermann H. CAKPO

Herman H. CAKPO est auteur, coach et co-fondateur de The H&C Group, une entreprise de formation et de coaching basée au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Togo, au Sénégal, au Gabon et prochainement au Niger, Cameroun et en Guinée. Il a déjà écrit et publié plus de 30 livres

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